Rue ANTOINE TRUC

14 décembre 2017 - 11:51

Voilà un nouvel article de notre spécialiste et responsable de nature et patrimoine de notre association L.C.P. Très intéressant comme d’habitude. Merci FRANCK.

Bonne lecture à tous.

Une petite rue des Arcs  située entre le Boulevard de la République et la rue de la Motte, où se trouve notre pizzaïolo « LA TORTUE »,  porte le nom d’Antoine Truc. Mais qui était-il ?

Fils et petit-fils de notaires aux Arcs, descendants  d’une ancienne famille de la bourgeoisie du Luc, il naquit aux Arcs le 30 juin 1756. Il perdit son père étant tout jeune  et fut mis par son oncle, l’abbé TEXTORIS, en pension chez les pères de la doctrine chrétienne à Draguignan (ce collège était le plus important de la province les bâtiments aboutissaient place du marché et servirent de tribunal pendant la révolution). Il y fit des études littéraires, après lesquelles, à 19 ans il obtint une dispense d’âge pour pouvoir gérer son office de notaire, héritage de son père.

A moins de 21 ans, il est licencié en droit et prête serment à Aix comme « Avocat à la cour » en audience solennelle, le 19 juin 1777.

En mai 1789, commence sa carrière politique, si agitée et si malheureuse.

Il est alors nommé par l’assemblée primaire des Arcs, député à l’Assemblée de la Sénéchaussée où il présente le cahier de doléances qu’il avait rédigé sous le titre de : Dire et vœux d’un habitant des Arcs à l’Assemblée générale de sa Communauté – 1789.

A la fin de décembre 1792, Antoine truc est nommé malgré lui Maire des Arcs ; il en remplit les fonctions pendant près de 9 mois. Pendant ce temps il  entretint la tranquillité et assura la subsistance dans sa commune, chose peu facile à cette époque.

Il donna sa démission aussitôt qu’il le put. On sait qu’on ne pouvait alors se démettre de pareilles places sous peine d’être mis en état d’arrestation comme suspect.

En Vendémiaire An I (septembre 1793), il accepte la place du juge au tribunal civil de Draguignan, situation dont il se démet encore quatre mois plus tard, 19 NIVOSE  An II (8 janvier 1794). Pendant qu’il occupe ce poste, il est nommé le 7 frimaire An II (27 novembre 1793) administrateur du Var, mais il refuse et ne remplit plus aucune fonction publique jusqu’à l’An IV (1797).

Homme d’honneur et de probité, ami de l’ordre, doux et humain, Antoine Truc s’était acquis la confiance et l’estime de ses concitoyens. D’une intelligence remarquable, très instruit et cultivé, d’un esprit élevé, il voulait le progrès, mais détestait l’anarchie et fut ce qu’on a appelé un patriote de 89.

Attaché à la monarchie, mais voulant des réformes, un gouvernement sage, donnant à tous accès à toutes les carrières, il voulait la répression des abus féodaux, la suppression de la  vénalité des charges judiciaires et leur inamovibilité.

Ennemi des vexations et des violences, il fut le protecteur des faibles et eut le courage de soutenir de ses conseils quelques-uns de ceux qui osaient se défendre contre la tyrannie des représentants du seigneur (NDLR sous-entendu Fedon) gens puissants qui étaient depuis de longues années ses ennemis personnels et ses rivaux d’état et de fortune. Ceux-ci profitant du trouble de l’époque, se vengèrent en surprenant au représentant Guérin, en mission dans le Var, un mandat d’arrêt contre lui le 20 floréal An III (9 mai 1795).

Averti à temps, il était alors au Muy, il se fit donner un passeport et, sans retourner chez lui il partit immédiatement pour l’armée d’Italie où son frère était capitaine. Il passa cinq mois à San Rémo où il travailla dans les bureaux des magasins des vivres aux armées (Intendance).

 Il fut mis sur la liste des émigrés, ses ennemis annoncèrent la vente de ses biens et le firent remplacer dans son office de notaire.

Il rentra alors en France et partit pour Paris (passeport de Nice à Paris daté du 5ème jour complémentaire de l’An III, 21 sept 1795), mais en passant par Toulon il y vit les Représentants Servière et Durand de Meillane ( Durand de Maillane, député d’Arles aux Etats Généraux, signa le serment du jeu de paume – Arrêt de la Convention 14 vendémiaire an IV- 5 octobre 1795) qui rapportèrent le mandat Guérin et donnèrent à Antoine truc un ordre de liberté entière, décision ratifiée par le Comité de Sureté Générale de la Convention, le mandat ne reposant sur aucun fondement.

En l’An V (1797) il fut élu Président de l’Administration Municipale du canton des Arcs et employa son autorité à calmer l’agitation des esprits. On se bat aux Arcs. Il s’interpose au péril de sa vie et parvient à ramener le calme dans la ville. Il sauve des émigrés du massacre et montre là, comme toujours, la générosité de son cœur.
Démissionnaire encore malgré l’opposition du Conseil Municipal, il est nommé le 2 nivose An VI (22 décembre 1797), par le Directoire exécutif, juge au tribunal civil du Var siégeant à Brignoles, alors chef-lieu du département. Puis en janvier suivant Commissaire du Gouvernement près du tribunal criminel du Var. Il refuse cette fonction mais le 26 germinal An VI (15 avril 1798), il reçoit sa nomination de Président du tribunal criminel du Var (les Assises) en remplacement de Perrache  (procureur avant la révolution). Il est élu avec 221 voix sur 277 votants.

Pendant ces fonctions importantes, il resta juste, modéré, scrupuleusement impartial, jugeant les faits, jamais l’opinion. On lui a souvent entendu dire aux jurés qu’il valait mille fois mieux laisser échapper un coupable que hazarder  de condamner un innocent. «  Si les jurés, écrivait-il, condamnaient un accusé dont l’innocence serait évidente, en ma conscience, je lèverais la séance et m’exposerais à la forfaiture plutôt que de prononcer sa condamnation ».

Il remplit ces fonctions jusqu’au 20 germinal an VII (9 avril 1799), époque à laquelle il fut élu Président de l’Assemblée Electorale du Var à la majorité absolue de 180 voix sur 276 votants. Cette assemblée allait procéder à l’élection des Députés au corps législatif, et à celle de divers magistrats.

Le 25 germinal An VII (14 avril 1799), l’Assemblée Electorale réunie au Temple de la Réunion décadaire, élit Membre des Ancien, le Directeur Paul Barras, que Mr Truc, Président de cette assemblée, proclama membre du corps législatif au Conseil des Anciens à 9 heures du matin. Puis le Citoyen Hernandez de Toulon fut élu membre des Cinq Cents pour trois ans. Dans la séance de l’après-midi, Antoine Truc fut élu député au Conseil des Cinq Cents pour deux ans à la majorité absolue de  122 voix sur 200 votants.

L’assemblée se séparant le 28 germinal An VII (17 avril 1799) vota à son Président d’unanimes remerciements «  Sur ce qu’il avait maintenu sans employer aucun moyen de rigueur, l’ordre et la tranquillité qui doivent essentiellement régner dans une assemblée électorale »

Antoine Truc partit alors pour Paris le 11 floréal an VII (30 avril 1799) et prêta serment au Conseil des Cinq Cents le 30 floréal (19 mai).

Le 23 fructidor an VII (septembre 1799) les Directeurs Merlin, Rusbell, Reveillère et Treilhard furent suspectés de haute trahison et dénoncés. Fidèle à ses principes de justice, Antoine Truc se fit inscrire pour prononcer à la tribune un discours basé sur le droit et demandant à ce que ces ex Directeurs ne soient pas condamnés sans avoir été entendus quelle que soit l’opinion que l’on pouvait avoir d’eux. L’Assemblée rejeta d’elle-même cette accusation à la majorité incertaine de 217 suffrages contre 214 dans séance du 23 fructidor AN VII

Le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799), Antoine Truc siégeait à Saint Cloud avec ses collègues lorsque le Général Bonaparte fit irruption dans la salle avec ses grenadiers. Antoine Truc était alors en face de Boulay de la Meurthe. Il protesta contre ce coup d’état, cette violation de la loi, criant «  Pas de Comwell ! C’est un rebelle ! qu’on l’arrête ! » Il fut proscrit avec 60 autre députés parmi lesquels le Général Jourdan, depuis Maréchal de France et Comte de l’Empire, C. Housset avocat à Paris et un compatriote Gastin du Var.

Ils furent arrêtés et condamnés à la déportation en Guyane. Le décret fut rapporté alors que les déportés étaient déjà en route pour La Rochelle.

Mis en liberté, et dégouté de la politique Antoine Truc rentra chez lui aux Arcs et s’adonna entièrement à son étude et à l’agriculture.

Cinq ans après, sous le Consulat, en février 1804, il fut nommé électeur au collège électoral ; il ne put jamais savoir par quel canton, et garda ce titre pendant tout l’empire et sous la Restauration. Pendant les cents jours il fut envoyé à Paris comme député au Champ de Mai et convoqué pour le 26 mai 1815. Il dut partir sur l’invitation réitérée du Préfet Anglès qui prévient les députés qu’ils devront faire le voyage à leurs frais, sans indemnité.

Il était encore à Paris lors du second retour de Louis XVIII, en juin. Ses ennemis qui n’avaient pas désarmé et lui avaient suscité nombre d’ennuis pendant la Révolution, profitèrent de son absence et mirent tout en œuvre pour obtenir que des poursuites seraient commencées contre lui et Pierre Truc sous le prétexte de bonapartisme. Les deux frères furent accusés d’avoir entretenu des intelligences avec l’ile d’Elbe et d’avoir favorisé de tout leur pouvoir le retour de Napoléon en France.

Un mandat d’amener  signé Rostagny juge d’instruction 22 décembre 1815) fut lancé contre chacun d’eux. Antoine Truc était à Paris où il laissait passer l’orage, cependant apprenant qu’une prise de corps avait été lancée contre lui, indigné et voulant confondre ses accusateurs il prend un passeport pour Draguignan, et part malgré sa famille, ses beaux-frères, qui redoutaient pour lui la rage de ses ennemis et l’esprit de parti si exagéré à cette époque qu’on a si justement nommé la Terreur Blanche.

Mais ses forces trahirent son courage. Vaincu par le chagrin et la maladie qui le terrassa à Lyon, il dût s’y arrêter le 13, faillit y mourir, puis malgré une fièvre violente il repartit pour Aix pour se présenter à ses juges. Sa femme, dont le dévouement fut admirable, accourut au-devant de lui, le supplie de renoncer à son projet, l’y décide et l’emmène en Italie où, malade, affaibli, attristé par ses malheurs, il vécut quatre ans à Livourne d’abord, puis à Florence « cette cité charmante, écrit-il, où j’ai retrouvé la santé du corps et le calme de l’esprit ». Et enfin à gênes.

C’est à Livourne que lui parvint la terrible nouvelle de sa condamnation à mort, obtenue, cela a été prouvé contre toute équité et par d’odieuses machinations. Ses biens furent séquestrés et une des deux études qu’il possédait supprimée.

Enfin les passions politiques qui amènent tant de malheurs à cette époque étant calmées, Antoine Truc revint purger sa contumace.

Il est reconnu innocent le 29 mai 1820, et acquitté à l’unanimité par la cour d’Assises de Draguignan réunie en audience publique sous la présidence de Prosper Cabasse, conseiller à la cour d’Aix.

Antoine Truc vécut alors dans la retraite, entouré de l’estime et de l’affection de ses concitoyens qu’il aida souvent de ses conseils et de sa bourse. On l’avait surnommé le Père des pauvres, et quarante ans après sa mort les vieillards du pays n’en parlaient encore qu’avec vénération.

Devenu sourd il  se servait d’un cornet. Infirme il ne quittait plus son fauteuil ni même sa chambre où on allait le voir et causer avec lui.

Il mourut le 30 août 1840 aux Arcs  dans la maison où il est né et où sont nés ses enfants.

Il avait 84 ans.

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Sources : Fonds Truc – Archives Départementales du Var

FRANCK DUGAS

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